Les coulisses de la restauration de sacs de luxe

Chez Vintega, nous travaillons avec les partenaires les plus qualifiés pour mettre en valeur les sacs de seconde main. Jonathan Rebouh, fondateur de Doc Bag, est l’un d’eux : il chouchoute et restaure les sacs à main tout en sublimant leur aspect vintage. Plongez dans les coulisses de l’univers des sacs de luxe grâce à ses anecdotes et conseils !

Est-ce que selon vous, un sac de seconde main demande plus d’entretien qu’un sac neuf ? 

    C’est exactement le même principe qu’un blouson porté régulièrement et d’un autre blouson que vous mettez une ou deux fois par an : c’est le principe d’usure. Un sac vintage peut perdre en imperméabilité, devenir plus sensible à l’usure et aux taches qu’un sac neuf. Il faut donc utiliser les bons produits et être prudent quant au contenu et à la météo. 

    Est-ce que malgré l’expertise, il y a encore un peu de doute et de pression quand on sait qu’on a un sac de grande valeur entre les mains ?

      Oui, constamment ! Selon moi, c’est cette remise en question et cette humilité qui font que l’on travaille avec précaution quel que soit le sac. C’est un mélange d’expérience, des erreurs commises dans le passé, et de confiance liée à la maîtrise du sujet. La réparation, c’est un métier à part. On est obligé de prendre des risques, sinon, autant ne pas se lancer sur la restauration d’un sac !

      Comment faites-vous pour savoir quoi réparer en comparaison de ce qui fait partie de l’identité d’un sac vintage et qu’il vaut mieux laisser ? 

        C’est quelque chose que je peux faire grâce à mon expertise. Je détaille tout ce qui me semble bon de refaire et laisse la liberté aux clients de choisir. Ils nous font confiance parce que nous avons le savoir-faire et les produits adaptés. Qu’il s’agisse d’une coloration complète d’un cuir abîmé, d’un changement de poignée ou d’un simple nettoyage de la toile, les sacs vintage seront juste rénovés, remis au goût du jour. À la fin, le sac à main aura retrouvé ses couleurs et sa fraîcheur, mais toujours avec sa patte vintage !

        Quelle est la manipulation la plus délicate pour vous ? 

          Cela dépend de chaque sac. Mais il est vrai que les sacs Kelly vintage ont une complexité à part. Il y a deux façons de fabriquer un sac chez Hermès : sur les modèles Kelly qui ont entre 50 et 70 ans, il s’agit soit d’un piqué-retourné soit d’une couture sellier. Autrement dit, soit un sac monté à l’envers puis retourné comme une chaussette, soit un sac avec une couture bord à bord, à la main. Seulement, pour les modèles plus âgés en piqué-retourné sur lesquels le cuir s’est asséché, il est très difficile de retourner le sac, qui est devenu trop rigide et risque de se déchirer. Lorsqu’un soufflet est abîmé, le réparer est donc extrêmement compliqué.

          De façon plus générale, tous les sacs vintage sont délicats à rénover, notamment ceux conçus en cuir d’agneau ou de veau qui s’imprègnent de la saleté et du gras.

          Est-ce que vous avez une malle à trésors avec des accessoires à ajouter aux sacs ? 

            J’ai mes fournisseurs secrets, chez lesquels j’arrive à trouver des petites pièces d’anciennes bijouteries Hermès. Mais il est vrai que c’est le problème de notre métier aujourd’hui : il peut être très compliqué de dénicher des pièces pour effectuer les changements. J’essaye de conserver des anciennes pièces que je replace la plupart du temps. Je les récupère sur des sacs qui ne sont pas du tout réparables ou sur des sacs que j’achète en sachant qu’ils ne sont pas réparables.

            Quelle est la restauration que vous avez réalisée et qui vous a le plus marquée ? 

              Un client m’a envoyé une malle Louis Vuitton, sur laquelle on a travaillé la brillance des bijouteries en laiton, et restauré l’intérieur et le cuir. On a ensuite ajouté un coussin, car il s’agissait en fait de transformer la malle en niche pour chien !  

              Par curiosité, quel est le sac le plus cher que vous ayez eu entre les mains ? 

                Il me semble que c'était un Kelly en crocodile or et diamant, qui devait valoir près de 350 000 €. Lorsque le client vous demande de faire briller son sac, il vaut mieux ne pas se tromper de produit !!

                Est-ce que vous avez des conseils spécifiques sur l’entretien d’un sac ? Des « incidents » que vous rencontrez souvent et qui seraient évitables ?

                  C’est une question assez compliquée, car même en cherchant sur Internet, pour 20 questions différentes, il y a 20 approches différentes. Selon le type de tache, il existe des solutions variées : on peut laisser poser un produit 24 h pour absorber le gras, alors que pour une tache de sauce tomate ou de crème, un simple coup d’éponge peut suffire. 

                  D’autres critères entrent en jeu. Par exemple pour un sac classique que vous aimeriez astiquer, si vous êtes un peu manuelle, vous pouvez y arriver. Mais en ne tenant pas compte de la spécificité de la matière, il est aussi possible de rater votre coup... L’entretien d’un sac, c’est vraiment quelque chose de particulier : il y a des temps de séchage à respecter, des produits spécifiques à utiliser. Ce n’est pas propre aux sacs de luxe, mais en ce qui concerne les sacs des grandes Maisons telles que Hermès, Chanel ou Louis Vuitton, un restaurateur a une meilleure connaissance des matières et des finitions, l’approche est donc plus simple par rapport à des accessoires avec des matériaux moins connus. C’est pour cela qu’il faut confier ses sacs de grande valeur à un professionnel, un peu comme un pull en cachemire que l’on emmènerait au pressing pour un lavage à sec. On a d’ailleurs nos petites recettes magiques, comme des produits, des pâtes qu’on fabrique nous-même et que l’on utilise sur des cuirs exotiques, par exemple !

                  Est-ce que la restauration d’un sac ne risque pas de compliquer une authentification plus tard ?

                    Tout dépend des Maisons, mais chez Hermès par exemple, tant que l’on ne touche pas au sanglon avec les lettres et symboles de l’authentification, c’est bon. Avec le temps, si le sanglon a été changé par un artisan, l’authentification devient effectivement plus complexe. Mais sur un sac Hermès comme un sac Chanel, il y a tellement d’autres éléments permettant de les authentifier que cela ne me freine pas. 

                    Je peux également voir si le sac est déjà passé entre les mains d’un artisan, quelles pièces ont été changées et si ce sont les bijouteries d’origine.

                    Pour finir, pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours ? 

                      Après un BEP et un CAP Maroquinerie aux Ateliers Grégoire, à Paris, j’ai été repéré par Hermès en vue d’intégrer leur formation. Une fois qu’elle s’est terminée, ils m’ont proposé de m’embaucher. J’ai alors intégré un atelier où j’ai appris à fabriquer les sacs HermèsKelly, Constance, Evelyne, Bolide – puis la petite maroquinerie.

                      Comme j’avais la bougeotte, je suis parti 3 mois au Japon pour faire des réparations – ce qui n’était pas du tout le corps de métier auquel je me destinais. À mon retour, je travaillais à l’atelier Petit h d’Hermès quand j’ai été approché par la maison Moynat (des anciens malletiers) qui cherchait un directeur technique : ils avaient besoin d’un vrai savoir-faire pour cadrer la fabrication des sacs à main. J’ai géré un atelier de 10 personnes que j’ai formées au travail de matières précieuses. 

                      Au bout de 4 ans, j’ai voulu entreprendre : l’expérience à la tête des ateliers Moynat m’a montré que j’avais la capacité de lancer ma propre structure. C’est comme ça que mon atelier de restauration a vu le jour.  


                      Vous avez des questions sur la restauration de votre sac de luxe ou un doute sur la façon d’entretenir au mieux votre sac d’occasion ? N’hésitez pas à nous contacter ! L’équipe d’experts de Vintega mettra toute son expérience à votre service.

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